Activité 1 pour parents-pédagogues. La survie en forêt…ou faire comme si…

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Si voulez comprendre la raison pour la quelle je poste une activité lisez ça.
If you want to read this blog post in english go there.

Avant de commencer, j’aimerais seulement dire que la plupart des activités d’apprentissage que j’ai créées pour mes enfants sont inspirées par deux approches qui me tiennent à coeur: Ces deux approches laissent la place à la créativité et l’imagination des enfants en plus de leur donner pouvoir de contrôler leur propres apprentissages : La gestion mentale ainsi que la pédagogie par la résolution de problèmes. Essentiellement la pédagogie de la gestion mentale c’est ce à quoi on s’attend d’un être humain fonctionnel : Qu’il soit réfléchi et indépendant. Pour un enfant, ça voudrait dire qu’il puisse par lui même comprendre comment apprendre et apprendre de ses erreurs. Il s’agit de l’aider à découvrir ses stratégies mentales d’apprentissage, le conscientiser par rapport à son propre potentiel et le rendre confiant plus dans ses capacités. L’effort demandé à un apprenant pour réaliser les gestes mentaux voit son impact diminué par le manque d’initiative.

En d’autres mots, il faut un but pour apprendre quelque chose, ce but est mieux d’être intéressant pour qu’on lui accorde toute cette énergie. C’est là que la pédagogie par résolution de problème devient un bon complément.

Qu’est-ce que c’est la pédagogie par résolution de problème?

Prenons une situation qui est probablement arrivée à chacun d’entre nous. Vous avez 4 ans et 2 biscuits au chocolat qui vous paraissent  vraiment bons. Vous jouez avec un ami et celui-ci réclame sa part de biscuit. Vous êtes confus car vous voulez partager mais vous voulez que tous en ait une partie égale. Après réflexion vous en donnez un à votre ami et heureusement il vous en reste un à vous aussi. Tous sont satisfaits. Imaginez maintenant que vous avez 5 ans et que le même problème se produit mais avec un seul biscuit. Il vous faudra user de réflexion mais vous arriverez éventuellement à séparer le biscuit en deux. La même situation pourrait également se produite une ou deux années plus tard mais cette fois-ci avec deux biscuits et trois amis. À chaque étape vous avez probablement consciemment ou inconsciemment utilisé les étapes de résolution de problèmes.

  1. La recherche d’information; « Qu’est ce que je connais sur le partage? Ah oui, tous doivent en avoir la même quantité »
  2. Générer de nouvelles connaissances : Réfléchir sur la situation et utiliser sa créativité pour trouver une solution.
  3. Prendre une décision, faire un plan : «  OK! Je vais essayer de séparer mon biscuit en deux ça semble être ce qu’il y a de plus logique à faire »
  4. Évaluer le résultat : « Tout le monde à l’air satisfait alors j’imagine que j’ai pris une bonne décision »

Source: PÓLYA, G. 1945. How to solve it: A new aspect of mathematical method, Princeton, USA, Princeton University Press

 

Je veux seulement ajouter qu’étant donné l’importance que les décisions parentales ont sur le nombres d’heures que l’enfant dépensera dans l’une ou l’autre des sphères de sa vie, il serait difficile de dire qu’un enfants fait véritablement ses propres choix et qu’il soit complètement libre de choisir ce qu’il veut apprendre . Je crois que de donner toute la liberté à son enfant et d’oublier la sienne est contre-productif à plusieurs niveaux. Si vous êtes heureux, vous allez être de meilleurs parents. Aussi bien être conscient de cet aspect et pouvoir en maximiser l’usage étant donnée que les opportunités son beaucoup reliées à la vie, aux décisions, au budget et aux valeurs des parents.

De plus, pour pouvoir être conscient d’avoir une opportunité il faut quelques fois avoir en tête qu’elle pourrait se présenter. Par exemple, un oncle mécanicien qui est content d’enseigner à notre enfant intéressé par le sujet peut facilement passer inaperçu si pour nous l’éventualité de cette rencontre n’est pas du tout envisagée. Une opportunité de ”timing” parfait se fait aussi généralement lorsque on anticipe au moins un petit peu une situation. Aussi un enfant intéressé par l’astronomie pourra satisfaire plus facilement sa curiosité dans une famille ou on sait comment observer les étoiles et ou on a quelques outils pour faire de la recherche.


Pour la présente activité j’ajoute le verbatim de ce qui s’est dit pour vous donner une idée du pilotage que j’en fait ainsi que la façon dont je me suis impliquée. Ce verbatim n’est qu’à titre de référence seulement pour démontrer le type de questions que les enfants pourraient poser ou de quelle façon vous pourriez introduire les deux approches de façon un peu plus approfondie. Ce n’est donc en aucun cas une marche à suivre mais plutôt un exemple que vous pourriez ou non imiter.

À titre d’information le (A) ici réfère à ”Adulte” le (e) réfère à ”Enfant”.

J’ai fait cet situation d’apprentissage avec deux enfants de 4 et 6 ans mais elle peut être adaptée à n’importe quel âge selon l’intérêt que vos enfants peuvent porter à la création d’un abri ou la survie en forêt.


La survie en forêt …. ou juste faire comme si…


Matériel requis : de la corde ou de la ficelle solide, des ciseaux.

(facultatif) un livre sur les arbres et/ou plantes de l’endroit à visiter ou un accès Internet et un site sur le même sujet.

Durée: une demi-journée


Liens vers quels objectifs d’apprentissages : Ici cela dépend vraiment de la tangente que prendra votre activité mais voici quelques possibilités tirées du programme de formation de l’école québecoise que vous pouvez trouver ici. Je mets cela à titre indicatif seulement juste pour démontrer le rationnel des choix que j’ai fait ici.

Science et technologie;

  • Distinguer les matériaux perméables à l’eau de ceux qui ne le sont pas
  • Classer des matériaux selon leur degré d’absorption
  • Décrire diverses autres propriétés physiques d’un objet, d’une substance ou d’un matériau
  • Déterminer, dans son environnement, l’état de divers objets et substances
  • Expliquer les propriétés isolantes de diverses substances

Résolution de problème

  • Évoquer des problèmes similaires déjà résolus.
  • Prendre conscience de ses représentations préalables.
  • Formuler des questions. Émettre des hypothèses (ex. : seul, en équipe, en groupe).
  • Explorer diverses avenues de solution.
  • Réfléchir sur ses erreurs afin d’en identifier la source.
  • Faire appel à divers modes de raisonnement

Situation-problème

Les enfants et moi nous préparons un pique-nique, c’est une journée grise mais on n’en parle pas tout de suite. Les enfants sont très excités puisqu’on a choisi un parc qu’ils aiment beaucoup, et ils aiment les pique-niques surtout quand je les laisse choisir où on les fait. Ils ont choisi un parc avec un boisé (ça aussi c’est important). Au moment de partir je m’assure qu’en plus d’avoir le nécessaire à pique-nique, j’ai aussi le matériel énoncé plus haut, sans qu’ils le sachent.

En arrivant sur le site, je me demande si on pourra faire un pique nique étant donné que la météo est changeante. Les enfants sont déçus.
(A) Il n’y a pas moyen vous croyez de s’assurer qu’on ne sera pas mouillés si jamais il se met à pleuvoir?

Juste une petite parenthèse ici pour expliquer que tout bon parent sait que ce type de question peut mener à des réponses assez farfelues. Jouez le jeu. Même si ce n’était pas prévu cela peut vous mener à autre chose de bien intéressant. Il y aura toujours un moment pour insérer ce que vous aviez prévu. Au pire ça servira bien à faire rendre contre à votre enfant que son idée n’était pas la meilleure.

(e) On pourrait s’abriter en dessous d’un arbre mais on recevrait tout de même un peu d’eau.

(e) Peut-être qu’on pourrait trouver un abri ou une maison près d’ici qui a un petit toit.
Malheureusement après une courte recherche, les enfants reviennent en disant que rien n’est vraiment confortable pour nous quatre.

(A)Est-ce qu’on pourrait fabriquer un abri?

(e) Oui mais on a rien pour faire un abri ici!

Je sors alors mon matériel et je leur demande si on pourrait avoir besoin d’autre chose.

(e) On pourrait prendre des branches d’arbres et les coller ensemble mais on n’a pas de colle.

(A)De quelle façon tu pourrais faire tenir des objets par exemple des branches ensembles sans avoir de la colle?

(e) Peut-être avec la sève des feuilles parce que je connais des plantes qui ont une sève qui ressemble à de la colle.

Je dois mettre mon droit de véto ici puisque nous habitons présentement dans un endroit où on retrouve une plante à sève blanche qui peut être poison.

(A) Si on ne peut pas utiliser la sève crois-tu qu’on pourrait utiliser un des outils que j’ai apporté ou quelque chose qu’on peut trouver dans la petit forêt à coté d’ici.

(e) Peut-être la ficelle! On pourrait attacher des morceaux de branche sur des troncs d’arbre comme ça, ça pourrait faire un toit.

Après avoir ramassé un bon nombres de branches et avoir mis tout cela dans un tas, les enfants procèdent au choix de l’endroit et au choix final de branches. Ils ont choisi une souche d’arbre relativement haute (1 mètre et demi) où on peut y faire tenir en équilibre quelques branches et cela fera un abri. Après avoir ramassé les morceaux de bois par terre, les enfants se rendent compte qu’il est difficile de trouver des branches qui sont assez longues. Il n’en ont que 8.

Je dois noter qu’il s’est alors écoulé un bon trente minutes durant lequel j’ai pu lire mon livre alors que les enfants étaient à la recherche de solutions.

(e) On pourrait prendre celle des arbres et les couper avec les ciseaux?

(A) C’est une bonne hypothèse mais je ne suis pas d’accord avec le gaspillage et détruire un arbre pour se faire un abri je trouve que ce n’est pas nécessaire, les arbres sont là pour une bonne raison alors on va les laisser faire leur travail. Ils servent de maison aux animaux, servent à purifier notre air et même quelques fois ils nous donnent des fruits.

(e) Il y a des branches qui sont trop petites alors je ne vais pas les utiliser.

(A) Peut-être qu’on pourrait les garder pour les utiliser plus tard.

(e) Oui peut-être pour remplir les trous.

Les enfants ont placé les branches de façon à faire le tour de la souche. Comme cela, ils ont un abri avec la souche d’arbre au milieu. Les 8 branches ne couvrent toutefois pas assez l’abri pour les empêcher d’être mouillés.

(A) Il faut penser à une autre idée que les branches pour se garder au sec.

Les enfants ont alors tenté plusieurs possibilités : écorce, sapin, couverture. Le plus difficile était de faire tenir le tout en équilibre sur les branches pilliers. Finalement après avoir fait un mélange d’écorces et de sapin trouvés par terre ils ont attaché le tout avec la ficelle. Il ne restait que quelques trous à remplir. Ils ont alors eu l’idée de mettre leur manteau imperméable par-dessus.


Exploration libre
 :

Étant donné que cette journée-là, il n’a pas vraiment eu de pluie quoique nous avons eu juste assez de gouttes pour expérimenter l’abri, les enfants en ont profité pour jouer aux amérindiens. Ils ont utilisé l’abri pour se faire un jeu symbolique.


Retour sur l’activité

En retournant vers la maison en marchant

(A) Alors, est-ce que tu penses que quelqu’un d’autre pourra utiliser notre abri s’il vient au parc un autre jour?

(e) Oui surement jusqu’à ce que le vent l’emporte ou que quelqu’un le détruise.

(A) Oui mais est-ce que tu penses que tout le monde peut l’utiliser?

(e) Non pas les adultes mais c’est pas grave c’est un abri pour enfant.

(A)D’accord, qu’aurait-il fallu pour que ce soit aussi un abri pour adulte?

(e) Ça aurait pris des plus grandes branches mais les plus grandes branches sont encore dans les arbres, celle qui sont par terre sont toujours plus petites.

Ce soir là, avant de dormir, papa leur a raconté une histoire amérindienne pour faire le lien avec leur relation avec la nature ainsi que la façon technique dont ils construisaient les wigwams.

Il ne va pas sans dire que ce thème ne s’est pas arrêté là bien sur. Nous en avons eu pour quelques semaines à recevoir des dessins de wigwams, des questions sur la survie en forêt, des requêtes pour des histoires sur le sujet. Cela ne s’arrête pas à une activité. C’est, selon moi, plutôt comme semer une graine sans savoir ce que c’est. Quelques fois elle fera des racines et s’ouvrira en plusieurs branches, quelques fois elle sera éphémère. Il faut juste être à l’affût. Notre activité à pris une tangente amérindienne mais elle aurait pu très certainement prendre une autre tangente: les yourtes Kyrgyz ou la survie en forêt auraient pu captiver leur attention davantage par exemple. Ils ont fait un lien avec un sujet qu’ils connaissaient déjà.

Quelques semaines plus tard nous nous retrouvions sur une plage ou il y avait beaucoup de vent, nous avons un droit à un autre abri cela, issu de leur propre chef. C’était une toute autre façon de construire un abri. ok j’avoue, je les ai aidé un peu avec la direction du vent sinon ça n’aurait jamais fonctionné mais tout de même ils ont utilisés les mêmes outils.

Noelline

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