les dyslexiques ont-ils leur place à l’école?

Initier ses enfants à la musique lorsqu’on est non-musicien (partie 3 les instruments mélodiques)
June 22, 2017

Mon but avec ce texte c’est de vous donner des arguments pour en parler justement.
J’ai nommé la dyslexie mais je veux parler de tous les troubles ‘’dys’’. Les troubles ‘’dys’’, ce sont essentiellement différentes difficultés du fonctionnement cognitif. Dans bien des cas, ces troubles se traduisent en difficultés d’apprentissages. On regroupe dans les trouble ‘’dys’’:

La dysphasie, qui s’applique à la parole

La dyslexie à la lecture

La dysgraphie à l’écriture et au dessin

La dyscalculie au calcul

La dyspraxie au geste

La dysorthographie à l’orthographe

Le déficit de l’attention fait également partie de ce groupe.


Je vous invite à lire cet article ici si vous voulez en savoir plus:
http://inpes.santepubliquefrance.fr/10000/themes/troubles_langage/index.asp

‘’Les troubles cognitifs spécifiques ou troubles « dys » sont donc des dysfonctionnements isolés d’une fonction cognitive particulière (comme le langage, l’attention, le geste, le calcul, etc.) sans déficience intellectuelle globale. Ils peuvent exister chez l’enfant et affecter son développement ou être acquis pendant ses périodes d’apprentissages. Quoi qu’il en soit, ils ont presque toujours des répercussions négatives sur l’apprentissage et les enfants concernés vont le plus souvent avoir besoin d’aménagements individualisés dans leur scolarité et leur vie sociale.’’

Je l’aime cette définition, elle est claire et elle fait la différence entre ce qu’on peut observer chez un enfant, ce que lui-même vit, et ce qui se passe réellement (en théorie) dans son cerveau. C’est souvent le bout d’information qui manque au grand public.

 

   

 

Pourquoi un enfant ”dys” pourrait être malheureux à l’école? Premièrement parce que pour intervenir de façon efficace avec un enfant ayant ces difficultés, ça prend une connaissance approfondie de sa problématique. En gros, le fait de ne pas pouvoir lire par exemple est le résultat d’une fonction cognitive déficiente. Il faut absolument savoir laquelle pour intervenir efficacement. Aussi, la définition que je viens d’insérer parle d’aménagements ‘’individualisés’’, pas nécessairement du ”un pour un” mais il faut intervenir en fonction des problématiques de chacun.

Cette année j’enseignais à un groupe de 12 adolescents ayant des ”multi dys”. 12 élèves dans une classe ”speciale” ce n’est pas beaucoup, c’était un cadeau, habituellement on est plus à 18-20. À 12 élèves, c’était possible de faire des ”interventions individualisées”. Toutefois le manque de ressources matérielles et physiques était vraiment flagrant mais ça c’est une autre histoire. Je pense que c’était particulier à cette école mais bien honnêtement peu d’enseignants faisaient de ”l’enseignement individualisé”. Ça demande beaucoup de capacité de ”multi tasking” de faire travailler 18 personnes sur 18 objectifs différents dans 5 matières différentes. On a chacun nos forces. C’est comme être parents, tu sais que ce que tu es supposé faire en théorie pour être un bon parent mais des fois il faut faire des choix et prioriser en fonction de la réalité. C’est fâchant parce que tu dois être vraiment à l’aise avec tes choix parce que tu les as en pleine face tous les jours.

Pourquoi est-ce que l’école ne change pas, ou change vraiment lentement même si la science évolue? Je crois, entre autre que le fait que l’école soit devenu un accessoire essentiel à notre vie quotidienne la rend encore plus difficile à changer. Le changement et la créativité viendra quand on aura un peu de répit pour réfléchir peut-être.

J’imagine que c’est un peu comme pour les changements que je voudrais apporter à mon organisation familiale pour être plus efficace: Quand je vais avoir deux minutes, je vais essayer de les organiser et d’être créative….je n’ai jamais deux minutes de libre alors je continue avec ce qui fonctionne même si ce n’est pas optimal. Aussi, il se peut qu’il nous manque une plateforme pour faire le lien entre l’école et la famille sans jouer des les plates-bandes de personne. 

 

 

Les gens vivant ou ayant vécu des difficultés scolaires sont en général les humains les plus inspirants que j’ai eu la chance de rencontrer. C’est probablement ce qui me garde dans la profession depuis des années. Toutefois ça me fâche de voir que les enfants en difficulté sont mal stimulés à l’école. Pourquoi? Parce que on leur demande généralement d’évoluer dans un cadre qui met en premier plan leur difficultés. Un cadre qui utilise la lecture comme média universel et qui n’est pas nécessairement prêt à s’adapter à d’autres médias. Ça, nécessairement ça joue sur l’affect, la motivation, l’estime de soi. 

 

 

On s’attend par exemple à ce que les enfants ayant un trouble ‘’dys’’ atteignent un niveau de lecture, d’écriture et ou de calcul qui est presque aussi élevé que celui des enfants ‘’neurotypiques’’. Imaginez qu’on s’attende au même résultat en mathématiques de la part d’un enfant qui ne parle pas la langue à qui on propose des exercices en français. Il y a de fortes chances que cet enfant ait besoin d’une aide externe, que ses parents paient pour un tuteur après l’école. Tout cela au profit de tous les activités normales d’enfant qu’il pourrait faire à la place, comme le judo et la musique par exemple. En bout de ligne, on aura mis tous les oeufs dans le même panier, parce que l’école c’est important.

 

La différence entre un enfant dyslexique par exemple, et un enfant allophone dans ce cas, c’est que l’enfant allophone apprendra éventuellement la langue et pourra retourner à sa vie normale d’enfant.

L’enfant dyslexique restera toujours dyslexique.

 

Même s’il s’améliore beaucoup en lecture ou en écriture, il ne sera jamais aussi efficace en lecture qu’un enfant n’ayant pas cette problématique. À mon humble avis, Il aura passé beaucoup beaucoup beaucoup de temps à travailler la-dessus. Aussi il aura probablement perdu l’envie d’explorer un sujet par lui-même et de suivre propre instinct d’apprenant. Ça, selon moi, c’est inacceptable.

La vérité c’est que très peu de gens connaissent les troubles ‘’dys’’ même s’ils font parti du vocabulaire courant. Certains enseignants pensent encore que la dyslexie ce n’est que mélanger les lettres en écrivant et ne pas connaître sa gauche et sa droite, et c’est la plus connue des problématiques. C’est beaucoup plus complexe que ça. Certains pensent encore que ça se guérit avec un ‘’petit coup’’ d’orthopédagogie et un peu plus d’efforts (ouf!!!). Le troubles dys ne se ‘’guérissent’’ pas, ils se contournent. Pour pallier à la difficulté, il faut rééduquer (un peu) et trouver des stratégies d’apprentissages et de lecture alternatives (beaucoup)

source: Neuropsychologie et troubles des apprentissages chez l’enfant : du développement typique aux dys- / Michèle Mazeau, Alain Pouhet. Édition 2e éd.

 

 

Dans les plan d’intervention à l’école vous verrez souvent les mêmes objectifs même si c’est écrit avec des mots différents :

1. Améliorer les habiletés en lecture-écriture-calcul par divers moyens
2. Diminuer l’impact du ‘’handicap’’ dans les autres matières au moyen d’adaptations diverses.

Vous ne verrez malheureusement que dans très peu de cas:

  • Développer une passion
  • Vivre des succès en lecture en utilisant autre chose que des livres
  • Améliorer la confiance en soi d’apprenant
  • Diminuer le stress lié aux apprentissages
  • Développer un intérêt pour la lecture (parce que sans intérêt toutes ces belles interventions ne mèneront pas très loin)


Quoi faire alors avec cette information? Vous avez un enfant avec des besoins particuliers et vous êtes un peu dépassé par ce qui se passe à l’école?

 

Peut-être commencer par diminuer l’importance des apprentissages faits dans le cadre scolaire et ouvrir vos horizons à d’autres types d’explorations minimisant la fonction cognitive atteinte de votre enfant. Si vous ne connaissez pas la fonction cognitive atteinte de votre enfant, je vous suggère si c’est possible pour vous une évaluation en neuropsychologie, c’est dispendieux mais je pense que ça vaut vraiment la peine. Si vous faites l’école à la maison de grâce ne reproduisez pas l’erreur de l’école et valorisez autres entrées que la lecture-écriture et utilisez du matériel adapté. Si vous ne savez pas comment adapter votre matériel ou comment utiliser les outils technologiques afin de pallier aux difficultés de votre enfant vous pouvez peut-être considérer l’idée d’une consultation en orthopédagogie afin de répondre à ces questions.

 

Sinon voici aussi d’autres idées :

 

Valoriser les autres intérêts de votre enfant

Développer une sphère d’apprentissage dans laquelle il ou elle excelle.

Développer ses qualités d’entrepreneurship

Éduquez votre enfant sur sa propre problématique

Vous impliquer dans le conseil d’établissement ou dans le comité EHDAA de votre école afin de faire valoir votre point de vue.

S’il vous plaît, développez du vocabulaire positif en regards des difficultés scolaires. Il faut non seulement changer notre discours général par rapport aux troubles mais aussi changer le dialogue interne de votre enfant, celui qui dit qu’il est mauvais. Si votre enfant était mauvais au soccer vous ne tolériez pas qu’il en parle et qu’il pense à cela constamment. Il ou elle a probablement besoin d’aide pour utiliser les bons mots quand on lui parle de son trouble. De cette façon il va conserver son estime de lui même mais aussi éduquer les gens autour de lui.

Il faut éduquer les gens autour de nous!

Il faut que l’on commence à comprendre et accepter la neurodiversité!

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